CAUG de Valence. Continuer par quoi ? - 10/2/07

Publié le par Pierre FRITSCH

Du premier tour de l’élection présidentielle sortira un résultat. Quelque soit le résultat pour chaque candidat-e se réclamant de la gauche antilibérale, il ressortira que cette gauche antilibérale aura vécu un grand gâchis. Qu’au bout du compte, il y ait une ou deux ou trois candidatures, il ressortira quand même que nous aurons vécu un immense gâchis. Certains et certaines vont mener campagne pour tel ou telle, d’autres pour personne. Un certain nombre de personnes iront tenter de faire porter la responsabilité de l’échec sur les uns, les unes ou les autres. Mais à la sortie, tout le monde, quelque soit le résultat, regrettera qu’on n’ait pu aboutir à l’unité tant souhaitée par « le peuple de gauche ». Tout ce qui motivait notre campagne unitaire restera intact ou même se sera amplifié d’ici quelques semaines, quelque soit l’orientation prise par chaque individu. Le texte que nous avons signé et qui fonde notre CAUG reste la ligne que j’ai défendue et que je continue de défendre aujourd’hui. C’est ce qui me conduit à prendre la plume aujourd’hui et à évoquer les perspectives d’avenir pour le CAUG.

Je mets au défi quiconque de me dire ce que seront les résultats de Besancenot, Buffet et Bové et même plus largement les résultats des élections. Ceci est d’autant plus facile à dire qu’à ce jour on ne sait pas qui sera effectivement candidat-e, faute de signatures, grâce à des ralliements ou aux deux à la fois. Donc on ne sait pas le résultat en terme de chiffres, mais j’irais même plus loin : on ne connaît pas le résultat politique et social de ces résultats, ni même déjà de la campagne qui se déroule. On peut donc se poser la question dès aujourd’hui de savoir ce dont on peut déjà être sûr-e pour maintenant et pour l’après élection présidentielle.

J’avoue bien volontiers n’avoir aucune certitude autre que celle-ci : la nécessité du rassemblement de toutes les forces antilibérales de gauche. Ce rassemblement sera nécessaire, et surtout utile, quelque soit le cas de figure. La volonté sera celle d’être présent-e partout où c’est nécessaire pour faire changer la vie : dans l’espace du débat, dans celui des luttes, tout comme dans celui du champ politique.

Mais parler au futur est déjà un abus de langage puisque non seulement cette volonté a été présente, mais tous les rassemblements actuels où se retrouvent des personnes antilibérales de gauche, où que soient et quelles que soient les motivations de ces rassemblements, partout la volonté d’unité existe et continue de monter malgré les obstacles qui se sont dressés devant nous. On retrouve d’ailleurs ça dans la campagne actuelle tant chez Buffet, Bové et Besancenot que chez la plupart de leurs soutiens. Parler au futur est aussi un abus de langage dans le sens où tout n’est pas à inventer puisque existent chez les antilibéraux de gauche tous les « textes fondateurs » comme le texte « ambitions et stratégies », le programme « ce que nous voulons » et ses 125 propositions, textes fondateurs qui ne présentent pas grands problèmes et qui me paraissent toujours à l’ordre du jour ; d’ailleurs tout le monde s’en réclame encore.

Je le rappelle à toute fin utile : ce qui fonde le CAUG de Valence, c’est la signature de l’appel « Pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes » et les textes précités sont l’émanation, au niveau national comme local, de ce rassemblement et du troisième aspect n’ayant pas été réglé pour la présidentielle à ce jour, la candidature commune. Le CAUG n’a d’autres vocations que de tenir les trois bouts ensemble et de travailler dans la durée à l’aboutissement de cette volonté commune de départ et qui reste fondamentalement partagée par tout le monde.

Il ne s’agit pas pour moi de nier la réalité et les difficultés, mais il s’agit pour moi, croyant à la profonde justesse de ce qui était engagé localement et nationalement, de persister à œuvrer dans cette direction. Le gâchis ou l’échec, à ce jour, que représente la présence de trois candidatures de la gauche antilibérale à la présidentielle, me conforte dans l’utilité et la nécessité de travailler à ces candidatures communes jusqu’au bout, que ce soit pour l’élection présidentielle ou pour l’élection législative qui suivra immédiatement, ou que ce soit pour les élections qui suivront en 2008. Et je ne crois pas trahir les fondements du CAUG de Valence en disant que ma démarche y est conforme ou en disant qu’y est conforme mon point de vue selon lequel le CAUG ne peut être un comité de soutien à quelque candidature que ce soit qui n’ait pas été désignée par ce consensus que nous considérions comme élément structurel de notre démarche.

Dans le contexte insatisfaisant d’aujourd’hui, des personnes ont tout-à-fait légitimement choisi de s’engager activement pour telle ou telle candidature à la présidentielle. Dans la perspective qui est la mienne, je souhaite qu’on additionne les forces et les résultats au lieu de chercher à en modifier les équilibres. Je souhaite que l’ensemble des candidatures antilibérales obtienne les scores les plus élevés possibles car ils permettront d’autant plus (bien que la dynamique d’une candidature commune y aurait contribué davantage) de changer la donne politique et sociale et de rendre nécessaire le rassemblement des forces dans l’avenir.

En même temps, notre rassemblement a de l’avenir, je l’ai dit, et je vais œuvrer à cet avenir et à rendre possible ce rassemblement qui doit nécessairement réunir des personnes qui aujourd’hui vont malheureusement opposer des candidatures de la gauche antilibérale. C’est la raison pour laquelle non seulement je vais faire tout ce que je peux pour que le CAUG de Valence continue de vivre avec les objectifs qui sont les siens et que je ne mènerai personnellement pas campagne pour une des trois personnes actuellement candidates mais pour les objectifs du CAUG. Nous devons pouvoir continuer de travailler ensemble malgré les difficultés actuelles et je m’en tiendrai à ça.

Le travail et les relations que nous avons pu avoir dans le CAUG de Valence ou dans le Collectif d’animation restent pour moi très enrichissants et je relève la très bonne tenue de ce que nous avons su construire ensemble, dans une diversité assez exemplaire de provenances politiques. Je tiens à nous en féliciter et à montrer par là que les personnes partie prenante à un moment ou à un autre du Collectif d’animation restent complètement en mesure, par les relations respectueuses qu’elles ont su créer entre elles, de travailler l’avenir et de préserver notre avenir que nous savons commun.

Que les choses soient actuellement difficiles, ça va de soi, pour autant la question des élections législatives reste entièrement posée sauf à considérer que seuls le PS et ses (r)alliés politiciens pourraient ou devraient avoir des député-e-s au lendemain de la présidentielle. Selon moi, quels que soient les résultats, nous devons nous donner les moyens de faire élire un maximum d’hommes et de femmes s’adossant aux trois aspects de nos objectifs (stratégie, programme, candidatures). Tout autre démarche serait fortement regrettable.

Sera-ce difficile ? Probablement. Doit-on se résigner ? Je ne le crois pourtant pas. Et tous et toutes les déçu-e-s de la période récente doivent même pouvoir trouver ressource à travailler l’avenir plutôt que de s’arrêter sur le passé. Le CAUG de Valence a encore tout son rôle à jouer, en parallèle aux engagements ailleurs de chacun et chacune. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé qu’une réunion du Collectif d’animation du CAUG soit tenue le 19/2 (voir le blog http://caugvalence.blogspot.com/), avec à son ordre du jour les législatives, et que j’ai proposé cette date pour un moment où il semblait que ni bovétistes, ni buffetistes, ni besancistes, n’avaient d’autres rendez-vous « internes » à leurs campagnes respectives.

Dès lors qu’on considère nécessaire un avenir commun et utile d’avoir non pas seulement des candidatures mais surtout d’avoir des élu-e-s, se pose la question de comment faire, au moins localement. Je vais essayer ici d’avancer des pistes pour notre réunion du 19/2 à Valence, à laquelle comme toujours toute personne peut venir.

On a bien vu les malentendus des mois passés concernant le processus devant conduire à la désignation de candidatures communes. Si on demande quels sont les problèmes qui se sont posées, souvent on aura deux grands types de réponses : la définition et la construction du consensus et ce que doit être la place des partis. Je crois que la question à se poser est : comment faire pour que se retrouve ensemble, derrière des candidatures communes, tout l’espace politique que nous souhaitons pouvoir rassembler ? A ce jour, les individus de cet espace politique s’organisent dans des partis ou ne s’organisent pas dans des partis et les partis sont institutionnellement l’espace d’organisation principal. Nier l’existence des partis n’est donc pas pour moi pertinent aujourd’hui, mais il ne serait pas pertinent non plus de réduire l’espace politique que nous visons à celui qui est aujourd’hui couvert par les partis en place ; faut-il le rappeler, l’abstinence politique d’une grande partie de cet espace le prouve malheureusement.

Or si pour moi l’élection présidentielle présente l’inconvénient de ne pouvoir présenter qu’une candidature, les élections législatives présentent l’avantage de pouvoir présenter tout l’arc de la gauche antilibérale à l’échelle du pays, mais y compris à un échelon plus local. Pour le dire autrement, à l’échelon de la Drôme seulement, qui est un bon échelon pour une dynamique locale dans chacune des circonscriptions, quatre circonscriptions, quatre candidatures et quatre suppléances, soit huit personnes peuvent porter le programme et la stratégie de la gauche antilibérale rassemblée. Ce n’est pas rien et ouvre des portes.

Notre mouvement antilibéral, portant une sixième république, peut-il se contenter de voir les partis désigner leurs candidat-e-s et laisser les mêmes partis engager des tractations au sommet ? Pour ce qui me concerne et notamment pour les raisons déjà exposées quant à l’espace à recouvrir, la réponse est clairement non. Dès lors, comment faire sinon de convoquer tout l’espace à conquérir dans l’élaboration de candidatures communes, en lui permettant d’avoir tous les éléments en main et de décider d’options possibles localement et à caler départementalement ? Toutes les personnes partageant nos objectifs stratégiques et les actuelles 125 propositions qui en émanent doivent pouvoir se rencontrer, échanger et décider, au terme d’un processus par circonscription et dont il faudrait définir collectivement et préalablement les enjeux et règles, des candidatures possibles à caler dans le cadre d’un équilibre départemental. Pour Valence, par exemple, quels garçons et quelles filles sont à même de porter l’ensemble de la démarche ? Quelles sont les dynamiques et actions dans lesquelles ces personnes doivent s’engager dans la perspective des législatives ? Comment tout le monde y trouve son compte à l’échelle du département ?

Tout cela me satisfait-il entièrement ? bien sûr que non. Mais cela me semble être l’ordre du possible et du souhaitable aujourd’hui, dans le contexte qu’il faut que nous posions tranquillement et collectivement pour trouver ce qui dans ce contexte est de nature à nous permettre d’avancer vers ce que nous voulions et voulons toujours.

La radicalité n’emporte pas l’excès. La radicalité s’occupe étymologiquement des racines, pour que l’arbre de la société se transforme ; l’excès est hors du champ des racines et ne souffle même pas sur les feuilles de l’arbre. Tout ce qui à gauche ne permet pas, en dernier ressort, de toucher à la racine est du socialisme. Sachons nous garder des excès, attachons-nous à la radicalité, construisons ; la société ne sera jamais un produit fini, pas plus aujourd’hui que demain.

Tout notre mouvement conduira-t-il au dépassement des partis d’aujourd’hui et aux formes de l’action politique d’aujourd’hui ? Je pense que oui et d’autres pensent que non. A la sortie, cette question est intellectuellement intéressante, mais qu’on réponde par oui ou par non aujourd’hui ne peut et ne doit en aucun cas empêcher de trouver aujourd’hui les voies qui permettent d’aller dès aujourd’hui vers la participation aux pouvoirs des antilibéraux ou des forces de transformation sociale de gauche.

Publié dans Collectif antilibéral

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