Les comités antilibéraux - perspectives à ce point d'étape - 1/1/07

Publié le par Pierre FRITSCH

(...) Je partage (...) l'idée qu'il faudrait peut-être aller vers une structuration du mouvement, de notre rassemblement. (...) Une question posée parmi plusieurs me semble donc être celle de la structure dont il faut qu’on dote et de sa nature. Pour ma part, je vois deux grands types possibles : « un appel » ou une « organisation ».

Je suis, pour l'heure en tout cas, assez réservé sur la formule « organisation ». Je ne crois pas qu'il faille créer un nouveau parti ni une nouvelle Attac. Ce qu'il faudrait créer devrait dépasser ces formules qui, on le sait bien, ne correspondent ni à notre mouvement, ni aux enjeux. Notre mouvement est clairement politique et s’est constitué pour s’engager dans « le combat politique » ; ce n’est pas le cas d’Attac et ça travaille cette association depuis suffisamment longtemps pour qu’on perçoive que les réponses apportées par elle ne sont pas satisfaisantes pour ce qu’on cherche. Quant à créer un autre parti, on sait bien que ça ne correspond pas à nos identités et on sait tout aussi bien que notre rassemblement se veut une formule différente, ne se veut pas la reproduction de formules mainte fois échouées.

Je n’ai pas la place ici d’exprimer mon point de vue sur l’architecture politique que je souhaiterais et qui m’a conduit il y a déjà plusieurs années à ne pas renouveler mon adhésion au PCF, mais pour schématiser je dirais : séparer les structures pour que leur deux missions puissent être suivies en « indépendance » l’une de l’autre. Je dirais en première approximation que ces deux missions sont « travail des idées et hégémonie de celles-ci » et « prise des pouvoirs partout où ils sont ». Je crois prétentieusement que ce que nous construisons avec nos comités antilibéraux va vers quelque chose comme ça. Et je crois aussi que c’est fondamentalement ce qui rend essentiellement inaccessible notre mouvement aux organisations politiques constituées. Mais on en reparlera un jour…

Par ailleurs, l'avantage de la formule « appel » qui ferait appel à des signataires est sa souplesse et la possibilité de situer dans le temps notre volonté de travailler ensemble. C'est une formule « à la carte » qui colle mieux avec la pluralité des engagements politiques, sociaux ou associatifs que nous avons dans notre rassemblement.

Sur une formule « appel », on n'est pas sur des « statuts ». L'adhésion à des statuts et à un texte inscrit dans la durée est plus compliquée pour qui que ce soit par rapport à la signature d’une « pétition » et je crois que nous sommes collectivement plus au stade de la pétition ponctuelle que du travail ensemble à long terme. Je ne dis pas que ce ne sera pas le cas plus tard, mais nous n'en sommes pas là et on le voit bien avec la relative volatilité des individus et de leur engagement dans le Caug ou dans le Collectif d'animation.

L'autre difficulté que je vois dans l'immédiat pour la formule « organisation et statuts », c'est la rédaction d'un texte qui en même temps contraigne et qui en même temps soit ouvert. Par exemple, comment faire en sorte que Gérard BOUCHET signe un texte dont il partage le contenu et faire en sorte que ce même texte l'empêche d'être le candidat des socialistes-chevènementiste-verts-radicaux aux prochaines législatives sur Valence ? Je ne crois pas qu'on soit au stade de régler ces questions collectivement, ni qu'on en soit au stade de vouloir figer les engagements, que ce soit les siens propres ou ceux des autres personnes avec lesquelles chacun et chacune de nous travaille. Adopter cette dernière attitude appauvrirait notre rassemblement et nous conduirait à la forme parti.

Par contre, je crois qu'il faudrait que nous puissions nous mettre d'accord sur un texte de type « appel » qui pose les conditions possibles du travail en commun pour les mois qui viennent. Je ne veux pas faire campagne pour BUFFET et il faut qu'on puisse ne pas faire campagne pour elle. Au passage, il est pour moi hors de question que le PCF puisse utiliser le label "collectif antilibéral unitaire" pour la campagne de BUFFET, tout comme il est hors de question que ça puisse être le cas pour BESANCENOT. Notre rencontre (...) doit notamment permettre de rappeler solennellement cette exigence. Elle devrait aussi nous permettre de donner notre point de vue local sur les développements nationaux des comités locaux.

La question des législatives se pose alors fortement et m'interroge. Je l'ai dit ailleurs, à ce jour je ne vois pas comment poursuivre sur les législatives dans le même cadre que celui d’avant le coup de force du PCF. Il est selon moi devenu impossible qu'il y ait des candidatures unitaires avec quelque organisation politique que ce soit ; si nous voulons aller aux législatives, ce ne peut être que la désignation autonome et locale d'une candidature et elle ne peut provenir de l'engagement d'un parti bien que ça n'empêche pas l'engagement de l'individu en question dans un parti. Depuis le coup de force, il ne peut plus y avoir de considérations nationales d'équilibres politiques comme c'était envisagé au départ ; il n’y aurait aucune cohérence.

Si nous écartons la question des législatives, pas de question. Si nous ne l’écartons pas, il y aurait deux grands types de scénarii possibles : une candidature désignée par nous ou une candidature soutenue par nous. Dans l’option « candidature désignée par nous », nous ne pourrions nous laisser imposer l’idée que cette candidature soit désignée ailleurs, par des équilibres nationaux entre partis constitués ; cette démarche a conduit à l’échec de la désignation de notre candidature à la présidentielle. Nous devrions alors adopter nos propres règles de « consensus ». Dans l’option « candidature soutenue », se poserait alors la question pour nous de la méthode que nous adoptons collectivement pour choisir la personne candidate en dehors de nous mais à laquelle nous apposerions notre label.

Pour résumer, je crois à la formule « appel » dirigée vers les législatives voire vers les municipales, avec pour fondement l'indépendance par rapport à l'intervention des organisations politiques ; qu'on ne renouvelle pas les erreurs du collectif national. Ceci étant, en toute logique et d'après ce que je crois comprendre de ce que je crois lire sur ce que je crois être le reflet des collectifs locaux, on va au niveau national sur des propositions concrètes une fois que sera réglée la question de la candidature aux présidentielles, que ce soit son existence ou son absence.

Sur ce dernier point, mon pressentiment est aussi qu'il ne faut pas y aller et qu'il faut faire de l'antiprésidentialisme de base et du parlementarisme de base ; on serait à peu près cohérent et on évacuerait ainsi la question de « pour qui s'engager » tout en maintenant le « contre quoi s'engager » et le « pour quoi s'engager ». La schizophrénie des uns, des unes et des autres restera leur affaire personnelle ou partisane et, pour ma part, je ne veux pas régler à la place des communistes, des BOUCHET, des verts, des minoritaires de la LCR les problèmes qui leur appartiennent. Mais il faut pour cela que nous fixions effectivement de bonnes bases claires : l'indépendance du mouvement aux organisations politiques ; la vocation à présenter des candidatures aux élections indépendamment des organisations politiques ; sur la base d'orientations antilibéralesque nous construisons dans le consensus ; en faisant confiance en l'avenir tout en ne l'écrivant pas.



Une réunion nationale des collectifs locaux devrait avoir lieu les 20 et 21 janvier à Paris. La façon dont les choses se présentent ou, pour le dire autrement, la précipitation d’une telle rencontre, la non élaboration d’une légitimité locale ou nationale reconstituée, un ordre du jour faisant particulièrement l’objet d’interprétations différentes… tout me pose problème.

Je l’ai déjà évoqué plusieurs fois et j’en remets une louche : il y a un sérieux problème de légitimité des orientations et décisions prises à tous les niveaux de notre rassemblement. Les questions qu’on peut se poser localement se posent évidemment au niveau national et le choix quant aux types de développement que doit prendre notre mouvement doit se faire également au niveau du national. Cette question de légitimité doit, si maintenant nous avons le temps, libéré-e-s que nous serons de la présidentielle, cette question de légitimité est de mon point de vue à régler prioritairement.

J’en ai vu appeler la réunion de fin janvier des « Etats généraux ». Vous l’aurez compris avant, je suis extrêmement favorable à l’idée d’états généraux. Mais pour moi, et ça me semble vital, des états généraux, c’est un processus de construction dont les règles sont clairement énoncées et dont les buts sont identifiés. La question des buts de l’organisation dont on se dote est, bien que primordiale, tout sauf réglée. J’ai indiqué plus haut des pistes vers lesquelles je crois qu’on pourrait aller et il ne s’agit que d’un avis, mon avis, qui ne doit être qu’un au milieu de milliers d’autres. Le point de vue de toutes les personnes qui seraient éventuellement partie prenantedoit pouvoir s’exprimer sur cette question des « buts ». Cette expression est une étape essentielle d’un processus constituant qui peut être lancé fin janvier à Paris, mais qui en tout état de cause ne pourra être considéré comme abouti d’ici trois semaines. Des états généraux, c'est un processus et non pas une « grand messe » dont les règles d'élaboration ne sont pas préalablement fixées et partagées.

D’autant plus que la question qui se posera en même temps ou immédiatement après est : les personnalités actuellement membres du collectif national doivent-elles avoir un rôle dans ce processus, se trouvent-elles dépassées par l’évolution que prendra notre rassemblement, bref, sous quel mandat agissent-elles ?



A notre niveau local, je crois que nous avons besoin d'exprimer sereinement les suites que nous souhaiterions vouloir donner à notre collaboration. Il faut que nous nous mettions d'accord sur un ordre du jour d'une réunion de type « assemblée générale des unitaires ».

« Unitaires ! », me direz-vous ? Oui, je persiste et signe : les personnes qui pensent qu’une candidature de leur parti est indispensable pour que leur parti existe, ces personnes-là ne sont pas pour moi les bienvenus dans le rassemblement auquel je veux participer. Bien sûr, on se retrouvera probablement dans certains combats – encore que ces personnes-là sont souvent absentes de tout combat… – mais qu’on se retrouve dans ces combats n’ouvre pas des perspectives suffisantes aux millions de personnes qui veulent que leur vie change mais qui ne savent pas comment commencer à la changer. Il s’agit bien d’ouvrir de réelles perspectives de changement et on ne me fera pas admettre que continuer comme avant serait une bonne réponse à la question posée. Il faut penser le neuf et pour cela tenter de voir la réalité comme elle est parce que c’est seulement à partir d’elle que les pistes peuvent s’ouvrir ; il faut donc aussi beaucoup de sensibilité au mouvement, bref : s’ouvrir. Aussi est-il différent, dans cet esprit d’ouverture et de construction, de dire qu’ « on est communiste » et de dire qu’ « on intervient en tant que communiste » ; cette dernière espèce me laisse craintif et l’histoire récente me donne malheureusement raison. Toute affaire d’appareil ou de personne réfléchissant d’abord en fonction de l’intérêt pour son parti est pour moi à bannir de notre rassemblement. Cette appréciation est celle que je mettais derrière un des messages dans lequel je disais « le besoin de dire la place à partir de laquelle on donne son point de vue », parce qu’il faut être préalablement clair sur cette question. Pour ma part, et puisqu'on reproche au collectif national de n'avoir pas été clair sur les règles dès le départ (en oubliant que le PCF était présent dans ce collectif...), je veillerai particulièrement à ce que le PCF et ses membres non-unitaires aillent jouer dans une autre aire de jeu. En plus, la question de la candidature nationale n'étant pas réglée, je n'imagine pas que les personnes qui quoi qu'il arrive feront campagne pour BUFFET, ROYAL, VOYNET ou BESANCENOT puissent avoir leur mot à dire sur les suites à donner pour la présidentielle.

Aussi l’ai-je dit pour ce qui me concerne, je n’ai jamais joué des jeux différents : quand j'ai accepté de travailler avec les communistes, c'était très clair ; quand je dis maintenant que je refuse de travailler avec le PCF et que je n'accepte de travailler qu'avec des communistes unitaires, c'est tout aussi clair. Il faut que tout le monde puisse définitivement se défaire des vieux démons conduisant à chercher où se trouve l’ennemi-e intérieur-e et intègre la démarche unitaire. La démarche unitaire doit conduire à nepas se poser les questions en terme d’intérêt d’appareil et à ne pas rechercher dans notre mouvement où se trouvent les anticommunistes, les antiécologistes, les antiféministes, les racistes ou je ne sais quoi d’autre encore. Il y a nécessité que tous les participants et toutes les participantes soient crédité-e-s a priori de leur engagement dans ces combats que nous avons décidé de porter. Cela n’empêche pas de considérer qu’il y a des approches et pratiques différentes à l’intérieur de ces grandes orientations. Laissons place au mouvement et ne pensons pas « totalité et cohérence totale » au risque de rapidement passer de la démocratie au totalitarisme.

Nous avons besoin de rester groupé-s- et « les unitaires » que nous sommes avons besoin de tous et toutes les unitaires ; il y en a probablement des milliers dans l’agglomération de Valence. Les messages qui sont arrivés montrent qu’un fort besoin de maintenir le lien créé existe et tous ces messages disent qu'une nouvelle vie pour notre rassemblement doit être recherchée pour poursuivre une construction lente d'alternatives. Nous avons construit une barque locale avec beaucoup d'intelligence collective ; je considère que nous avons été très bon. Poursuivre notre travail sous une autre forme et avec d'autres objectifs est de mon point de vue indispensable, même si des tâtonnements vont avoir lieu pour avancer dans un contexte devenu plus difficile.



Sur nos petits moyens informatiques, (...) en rappelant en préalable que c’est d’abord ce moyen là, et non de mythiques milliers de tracts distribués sur des marchés qui a permis dans un premier temps notre développement local. Ce moyen reste aujourd’hui pour nous le principal, y compris parce que c’est le plus économique. (...)

Publié dans Collectif antilibéral

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