« Engagement et espaces d’engagement aujourd’hui »

Publié le par Pierre FRITSCH

Texte d'une conférence donnée le 12/5/07 à la demande des Francas du Gard (www.francas30.org). Le thème a été fixé par l'association. Cette conférence a précédé un débat qui lui-même a précédé la réunion de l'Assemblée générale de l'association.

Une histoire d’engagement local 

Fin des années 60, début des années 70, un quartier sort de terre à Valence. Ce quartier, Fontbarlettes, prend la place des champs d’arbres fruitiers de la Plaine de Valence. Les barres HLM prennent assez vite l’essentiel de l’espace, tant horizontalement que verticalement. A l’intérieur des logements, viennent s’entasser de nombreuses personnes d’origine étrangère, principalement algériennes. Arrivées dans un contexte particulier, elles viennent surtout travailler, faire de l’argent dans un pays encore rempli d’industries à forte main d’œuvre non qualifiée, dans l’espoir de faire vivre les familles. Certaines sont restées au pays, d’autres ont bénéficié d’un regroupement familial. Chez toutes en tout cas, l’espoir est caressé de retourner au pays passer une retraite qui sera bien méritée.

 

En peu de temps, des milliers de logements naissent, abritant de plus en plus de jeunes familles. Toutes les origines sont là, une quarantaine de nationalités sont repérées. Des besoins naissent de tout côté et les associations naissent avec eux.

 

C’est dans ce contexte, qui n’a rien d’exceptionnel et qui a pu se retrouver dans tout ce qu’on appelle « les banlieues », qu’est née l’association que je préside et dont je vais vous raconter quelques petites histoires.

 

Le temps qui m’est imparti me force à la synthèse et à la sélection, mais ce n’est pas plus mal. Et ce que je vais vous raconter d’expériences concrètes me permettra de mettre l’accent de temps en temps sur quelques points qui peuvent intéresser tout le monde ici. Il y a des animateurs et animatrices, ici, et vous verrez l’intérêt que je porte à ces professionne-le-s dont j’ai pu moi-même faire partie dans ma jeunesse. Je crois qu’il y a ici également des élus territoriaux et je connais la difficulté de leur tâche, faisant pour ma part profession de la direction territoriale et me trouvant, de ce fait, à l’articulation du politique et du technique. Enfin, il y a ici les bénévoles des associations, bénévoles qui se trouvent, pour moi, au cœur de l’ensemble du dispositif dont nous allons discuter. Car pour moi, je le dis tout de suite pour que le parti pris de mon propos, ma grille de lecture, ma boussole, soit annoncé dès le départ, pour moi, je disais, ce sont les bénévoles qui justifient de l’existence de professionnel-le-s dans les structures associatives, mais c’est aussi l’existence de ces bénévoles qui fonde une bonne partie du travail des administrations publiques. Mais j’aurai l’occasion de justifier mon propos, inutile que tout le monde s’énerve tout de suite.

 

Je reprends donc mon histoire. C’est dans ce contexte de banlieues naissantes que notre association est née. De nombreuses associations qu’on pourrait dire « à fondements divers » ont commencé à se structurer dans mon quartier. Le premier des critères de la création de ces associations était celui de l’origine géographique. L’association des Algériens, bien sûr, mais aussi celle des Portugais, des Tunisiens, des Marocains, des Vietnamiens, des Cambodgiens, des Espagnols, et plein d’autres encore. Mais si on se contentait de cette lecture, elle serait trop courte, parce qu’elle ne verrait pas qu’à ces nationalités s’accolait tout le temps le terme de « travailleurs ». Travailleurs algériens, travailleurs portugais… et, disons-le, ces associations étaient souvent ce qu’on pourrait appeler les sections françaises de tel ou tel syndicat étranger ou de tel ou tel parti étranger. Ainsi, le lien au pays était fort, le lien à l’identité ouvrière était fort et la solidarité était l’intérêt premier. Cette idée de solidarité, finalement, est celle selon laquelle mon voisin de pallier, de ville, de pays, est d’abord et a priori quelqu’un comme moi ; son parcours est différent du mien et c’est parce que nous avons ces expériences différentes que nos approches sont différentes, nos cultures sont différentes, mais elles ne sont pas en opposition à mes approches, à ma culture.

 

Des origines différentes, des langues différentes, mais un même quartier qui fait la jonction et qui met en tas tout ça. Des difficultés, des galères communes et partagées qui ont rapidement rendu nécessaire la solidarité dans un comité de quartier, mêlant solidarité et dialogue avec les institutions et notamment avec la Ville de Valence. Ainsi naissait le Comité des associations du quartier, qui allait bientôt obtenir un local, la Maison de quartier de Fontbarlettes, qui allait être gérée par l’Association de gestion de la Maison de quartier de Fontbarlettes. On est là en 1978, ce n’est pas neutre. En 1977, le contexte politique national avait conduit un grand nombre de municipalités à « basculer », comme on dit, et la nouvelle municipalité se voulait celle des quartiers populaires, celle de l’intervention citoyenne d’un maximum d’associations, y compris consciente qu’elle était que c’est de là qu’était pour grande partie venue sa victoire aux municipales. 1981 était aussi dans ligne de mire. Favoriser la multiplication des associations et un partenariat étroit entre la municipalité et ces associations devait contribuer à l’élan qui permit à la gauche politique de gagner l’élection présidentielle de 81.

 

Mais revenons à 1975-1977. Dans mon quartier, les enfants, les moins de 16 ans, sont légion. Ca court dans tous les sens dans le quartier, les devants d’immeuble grouillent de vie et les familles, pour la plupart étrangère ou d’origine étrangère veulent que leurs enfants soient pris en charge par des structures collectives ; et n’oublions pas que les femmes commencent à investir le marché du travail salarié. Le besoin de centres de loisirs et de centres aérés se fait sentir. Ca coûte cher, il faut investir dans des bâtiments et dans le fonctionnement que les familles ne peuvent évidemment pas payer pour ce que ça coûte réellement. On obtient la construction d’un bâtiment, mais pour l’ouverture du centre de loisirs, personne ne veut suivre alors on passe en force. Les bénévoles, les ados et surtout les parents installent un centre de loisir non autorisé, accueillent les enfants des autres et tout le monde se relaie. C’est ce passage en force qui sera validée plus tard. Le centre de loisirs périscolaire ouvrira tous les soirs jusqu’à 19h et le centre aéré fonctionnera tous les mercredis et samedis, toute la journée et toutes les vacances, sans fermeture. Les enfants sont accueillis dès l’age de 4 ans. Bientôt, il y aura 3 centres de loisirs dans mon quartier, accueillant au total 250 à 300 enfants.

 

On voit là le rôle « d’aiguillon » que peuvent avoir les associations. Bien sûr, elles sont pénibles, exigeantes, portent des demandes loufoques, que les pouvoirs politiques et les institutions regardent avec distance. Un centre de loisirs, ce sont des coûts importants, qui reviennent chaque année et que la collectivité publique prend en charge pour une part relativement importante. Et c’est d’autant plus vrai quand il est absolument inenvisageable que la population puisse en assumer le coût. De mémoire, de 8 francs à 20 francs la journée entière, repas inclus, c’est tout ce que les familles pouvaient payer. Mais ces exigences perçues comme irréalistes deviennent souvent possibles à force d’engagement et de conviction. On faire vivre les choses, on crée l’évènement, on interpelle, dans les têtes les conditions de possibilités naissent,  grandissent et, quelques temps plus tard, 2 semaines ou 10 ans plus tard, l’espace du possible s’élargit et la réalité est à sa hauteur. 3 centre de loisirs dans le quartier, qui accueillerait 250-300 enfants, pour des sommes minimes, ce n’était pas imaginable en 72, c’est devenu imaginable après et a même fini par devenir la réalité. En ce sens, on ne peut qu’être d’accord avec cette idée selon laquelle « l’autre », ajouté un « problème nouveau », est facteur de modernité, dans le sens où c’est ce qui conduit à inventer des réponses nouvelles.

 

A partir de 1983, la situation a nettement évolué dans mon quartier. L’appui dont bénéficiait le tissu associatif depuis un mandat municipal, cet appui a changé. Pour le dire de façon nécessairement courte, deux soucis majeurs ont guidé les relations entre la municipalité et les associations présentes dans les quartiers populaires. Le premier souci a été celui de l’économie d’échelle ; le second souci a été celui de maîtriser le plus directement le tissu associatif. Les associations ne faisant pas acte d’allégeance, et un peu trop exigeante, ont vu leurs responsables changer ou leurs moyens baisser. L’élagage a porté ses fruits : il devenait difficile pour les associations d’être des « acteurs majeurs » de la vie locale, la vie sociale s’est essoufflée là où les associations n’ont pas su résister, un quartier de Valence devenant, ayons un mot fort, un « désert social ». Mon quartier, la plus grande des cités populaires de Valence, a amorti différemment le choc, mais le passage du statut « d’acteur majeur », c’est-à-dire dont l’autonomie du champ est reconnue et qu’on finance dans ce but, à un statut « d’acteur mineur », c’est-à-dire dont la fonction reconnue est d’agir pour le compte d’une politique, ce passage, donc, est celui qui marque la fin de tout l’intérêt associatif. J’y reviendrai après, mais il y a bien un enjeu associatif, c’est-à-dire des possibilités contradictoires pour le fait associatif.

 

Très tôt, notre Maison de quartier de Fontbarlettes avait décidé de s’affilier à une fédération d’éducation populaire, la FOL, Fédération des œuvres laïques. L’intérêt était évidemment de participer à un réseau d’associations partageant peu ou prou des valeurs proches et avec lesquelles nous pouvions élaborer des projets communs, y compris hors du quartier. L’intérêt également, dans un partenariat où la Ville de Valence ne souhaitait pas financer des postes de direction en direct aux associations, l’intérêt était de pouvoir faire appel à un professionnel expérimenté et compétent, alors que notre association était toute jeune. Un autre intérêt encore était celui de ne pas être seul dans les négociations avec la Ville. Ce sont ces approches qui nous avaient conduit à l’affiliation à la FOL et c’est quand la Ville a décidé de réduire sa participation financière à la FOL que les choses se sont compliquées. Nous avons décidé à ce moment là de changer de fédération et de passer à la fédération des MJC. Là aussi, je reviendrai plus tard sur ce que j’appellerais « le problème fédéral ».

 

Vous l’avez compris déjà, sans doute, née dans la culture populaire, enrichie de l’apport des migrations, notre association s’est toujours placée comme élément moteur de l’engagement citoyen et solidaire dans notre quartier, avec des conséquences sur l’ensemble des associations de la ville. Militante de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’enfant, militante pour la paix et la solidarité entre les peuples, militante antiraciste, militante antisexiste, chaque occasion concrètes que nous pouvons saisir nous sert à parler de nos valeurs fondamentales. Alors même que Nelson Mandela était encore un illustre inconnu enfermé à vie par le régime d’apartheid en Afrique du sud, nous nous sommes saisie du combat pour sa libération, y avons contribué par une popularisation de sa situation, par la prise d’initiatives d’envergure, par l’organisation de manifestations de rue. Sa libération obtenue, nous avons fait une grande fête, réunissant des milliers de personnes en plein air. Quelques années plus tard, Mandela devenu président, l’Ambassadeur d’Afrique du sud est venu inaugurer ce qui devenait ce jour-là « la MJC Nelson Mandela ».

 

Si bien sûr cette histoire est une de celles qui fondent « l’identité Mandela » à Valence et dans toute son agglomération, il en est de nombreuses autres qui contribuent à cette identité, à ce « repaire de repérés » que nous sommes. Je citerais en vrac nos relations avec le Secours populaire, pour organiser des initiatives communes comme la participation des enfants du quartier à un grand concert au Stade de France, l’existence du Carnaval à Valence, la mise en place d’un bureau de vote pour les étrangers lors de quelques élections, le jour de l’an des sans-papiers depuis 15 ans, la mise en place d’un collectif contre les discriminations dans l’accès au logement, la mise à disposition hebdomadaire de nos locaux pour les Restos du cœur, la tenue mensuelle d’un repas de quartier, l’organisation de manifestations et de débats contre la première guerre du Golfe, l’organisation de conférences avec salles combles à l’Université, l’organisation d’initiatives de solidarité avec le peuple palestinien ou avec le peuple algérien, l’envoi de jeunes dans des manifestations franco-allemandes de souvenir sur le nazisme et la Shoah, la mise en œuvre de protections contre l’application de la double-peine, la participation à la mise en place d’un collectif pour l’égalité des hommes et des femmes, etc. Ces exercices de solidarités concrètes nous identifient très fortement sur la place de Valence et, face au désert ou face au silence des interlocuteurs privilégiés que devraient avoir associations et population, nous sommes un point d’appui essentiel pour qui veut trouver des moyens d’expression sur notre ville. Quand les balles tuent des adolescents, quand les balles perdues tuent des enfants, quand les rodéos tuent, quand un quartier est révolté par cette mort d’un proche et quand les familles sont désemparées face à ces injustices, notre association est le lieu et le lien privilégié qui permet à tout le monde d’exprimer sa colère, notre association est celle qu’on sollicite pour manifester contre les violences ou pour collecter l’argent qui permettra de ne pas finir dans la fosse commune et conserver la dignité. Nous ne mégottons jamais pour que ce qui relie les gens soit plus fort que ce qui les divise.

 

Au début des années 80, une association féminine, également aux origines des associations constitutives de la nôtre, a monté des ateliers d’échange de savoirs et d’entraide. Petit à petit, des besoins nouveaux sont nés, mais assez rapidement est montée la nécessité pour les femmes du quartier originaires de l’étranger d’avoir les moyens de prendre toute leur place dans notre société et de pouvoir sortir du quartier. Il est impossible pour une femme ne disposant pas du langage de base et de la lecture de base de pouvoir faire autrement que d’être cantonnée dans le quartier, voire de s’émanciper de sa famille ou de son mari. Le besoin d’autonomie des femmes a donc poussé à créer des ateliers d’apprentissage de la langue et de l’écriture. 20 ans plus tard, environ 200 personnes sont reçues chaque semaine pour apprendre notre langue et son écriture. Sur une année, ce sont environ 300 personnes différentes qui passent pour participer à nos ateliers d’expression, ateliers d’écriture ou d’autres types d’ateliers qui permettent, à chaque fois, de partir de situations concrètes pour bénéficier d’un bon apprentissage et d’une bonne réponse aux besoins spécifiques de chaque personne. Par exemple, on va faire les courses ensemble hors du quartier en prenant le bus, on va visiter le musée ou on va au théâtre ensemble, on apprend le Code de la route, on participe à des conférences, bref, on tente de lever tous les obstacles au besoin que nous avons que tout le monde se sente acteur et propriétaire de notre société, et pour cela la pratique et la comprenne. Notre secteur « formation et insertion sociale » est une spécificité du genre et fait référence, en Rhône-Alpes, pour tous ceux qui interviennent dans le champ de l’alphabétisation et de l’illettrisme.

 

Cet ancrage dans le plus grand quartier populaire de Valence depuis 30 ans, c’est celui qui permet de faire un travail efficace et reconnu par les partenaires, mais aussi et surtout par la population. Ce travail de longue haleine, ancré profondément et dès l’origine dans la réalité du quartier et de ses difficultés particulières, c’est celui qui permet malgré tout que Fontbarlettes soit le seul quartier populaire de Valence à avoir été épargné par les émeutes urbaines de 2005. Il y a malgré tout dans notre quartier un tissu social et associatif qui, s’il est en peine, existe encore bien plus qu’ailleurs dans notre ville. Et surtout, ce tissu est tissé de ce qui reste encore un peu d’une culture ouvrière et populaire et la présence dans notre quartier d’un bâtiment central qui est celui de la maison départementale des syndicats participe à la préservation de cette culture. Pour les salarié-e-s de Fontbarlettes, jeunes ou vieux, précaires ou pas, s’adresser à un syndicat est chose normale.

 

Tout ce travail que nous effectuons et qu’on pourrait appeler un travail socioculturel ou d’éducation populaire porte ses fruits, on le voit sur cette longue période de 30 ans. Sur cette durée, de très nombreux et nombreuses enfants sont passé-e-s par notre association, ont été en relation avec elle pour un évènement ou pour plusieurs années. Dire que tous les enfants entrés à notre contact sont des enfants exceptionnels serait sans doute excessif et je n’irais pas jusque là. Pour autant, on peut affirmer qu’à notre contact les enfants ont acquis un certain nombre de valeurs qui sont mobilisées ou mobilisables à certains moments chez l’individu ou à l’occasion de mobilisation collective de tous ordres. On peut relever, je ne sais pas si je l’ai déjà dit, mais par exemple que le quartier ne fait pas l’objet de destructions diverses à l’occasion de mouvements nationaux. Les émeutes urbaines de 2005 ont touché les autres quartiers de Valence, mais pas le nôtre. On peut aussi être fier-e de constater que tous et toutes les jeunes du quartier qui sortent du lot en terme de parcours scolaires ou en terme d’engagement dans la vie sociale sur Valence, tous et toutes ces personnes originaires du quartier sont passé-e-s par notre structure.

 

Je l’ai dit, notre engagement dans la vie du quartier, le rôle central ou spécifique que nous y avons, font de nous et des membres de l’association un « repaire de repéré-e-s » sur l’ensemble de la ville de Valence. Nous sommes actrice majeure de la vie valentinoise et sommes parfois en mesure de modifier l’agenda politique des institutions, en particulier de la Ville de Valence. Voici donc le récit sommaire d’une attaque exceptionnellement grave de la part de la ville et voici aussi le récit d’une réplique exemplaire. Comme je l’ai fait jusqu’ici, l’énonciation de faits me permettra d’apporter quelques éléments fondamentaux au débat que nous aurons après la présente intervention.

 

Stratégie politique ou victime de ce juridisme qui sévit dans les collectivités locales ? Les deux sans doute ! Vous savez qu’il est d’usage que les associations passent des conventions avec les collectivités territoriales. Les juges administratifs considèrent même que dès qu’un financement public dépasse les 23.000 €, il faut absolument une « convention d’objectif » qui fixe le cadre et les droits et obligations de chaque partie. C’est ainsi que les 7 structures socioculturelles associatives de Valence étaient liées à la Ville de Valence par des conventions d’objectif depuis de nombreuses années. Les conventions d’origine étaient passées pour 5 ans. Une première tergiversation de la Municipalité a prolongé d’un, puis d’autres tergiversations ont prolongé les engagements d’années en années. Pour parvenir à quoi ? à des appels d’offres auxquels il fallait répondre à partir de cahiers des charges. Ainsi, tout le monde pouvait décider de postuler sur ce qui devenait une « délégation de service public » ! Nous étions mis en concurrence ! Ainsi, nous n’étions plus des associations que la Municipalité venait soutenir, nous devenions des associations qu’on invitait à répondre à la demande des politiques. Je m’y suis opposé, farouchement. Notre association s’y est opposée et nous avons invité toutes les autres structures associatives de quartier à refuser une telle conception. Nous avons affirmé notre majorité et notre autonomie et ce n’était pas gagné d’avance. Notre ténacité a eu raison de la Municipalité qui pourtant tentait de nous expliquer le caractère incontournable et légal de son approche. Pour elle, il n’y avait pas de débat possible, les associations du quartier n’étaient pas des structures d’éducation populaire ou socioculturelles, mais elles étaient des prestataires d’une politique socio-éducative pour le compte de la Ville. Le blocage que nous avons réussi à opposer n’a pas simplement fonctionné parce que nous étions toutes unies, ce qui n’est déjà pas mal dans un contexte où le travail en commun était assez rare, mais il a aussi fonctionné parce que nos arguments étaient justes.

 

Nos associations sont nées de la volonté des personnes d’un quartier de se rassembler pour mettre en œuvre leurs orientations décidées démocratiquement, elles ne sont pas nées d’une quelconque volonté municipale. Il était inadmissible pour nous de nous voir transformer en prestataires de service. Nous ne sommes pas des marchands d’idées à vendre et qu’on viendrait plaquer sur un équipement municipal, nous sommes des personnes engagées dans le quartier parce que nous vivons dans le quartier. Je m’imagine très mal venir ici, dans une des structures affiliées aux Franca, et de répondre à un appel d’offres avec mon projet calé à Valence.

 

Le discours des collectivités territoriales, qu’il provienne des élu-e-s ou des techniciens, fonctionnaires, ce discours qui voudrait tout faire rentrer dans le cadre du « marché », même s’il est qualifié de « public », ce discours n’est que duperie intenable parce que nous sommes, nous les associations originales, des créatrices. Je vais à l’extrême, mais pourrait-on imaginer qu’un Conseil général, soucieux de faire rentrer l’art dans ses murs, demande à Picasso de faire du Dali parce que c’est du Dali qu’elle veut mais qu’elle ne peut décider que c’est Dali qui le fournira ? Et pourrait-on même réduire une œuvre dalinienne à ce qu’elle pourrait apporter au Conseil général ou est-ce que cette œuvre est créatrice de bien autre chose qu’une œuvre accrochée dans un hall ? Evidemment non ! Dali fait du Dali et ne fait pas autre chose et ce qu’il fait prend sens avec ou sans le Conseil général. Et bien je suis heureux de vous annoncer à vous, les bénévoles et les techniciens qui les accompagnent, que nous sommes des artistes, des créateurs parce que nous sommes ce que nous sommes, là où on est et que nous faisons de notre mieux à partir de nos idées et des moyens que bous avons.

 

J’ai beaucoup combattu pour faire rentrer ça dans les têtes et, toutes les associations réunies, nous sommes parvenues à faire remettre l’appel d’offres dans les tiroirs de la Ville. Bien sûr, je sais qu’il y a ici des élu-e-s et des fonctionnaires très à cheval sur les textes et qui tenteront de me donner tort. Je les inviterais donc à se retourner sur leur travail pour se rendre compte que la lecture d’un texte juridique se fait toujours à partir d’un regard « daté, situé dans un moment de l’histoire » et qu’il est souvent possible de lire autrement. Ainsi, et j’invite les associatifs ici présents à bien prendre note aussi, je suis ravi de noter que le Conseil d’Etat, 6 ans après la victoire de l’intelligence à Valence, vient de donner raison à ma lecture des faits. Le 6 avril dernier, Commune d’Aix-en-Provence, la haute juridiction étendait la possibilité de ne pas conditionner les financements à la soumission au Code des marchés publics par le biais d’une délégation de service public. Les associations à l’origine de la création et de l’organisation d’une activité d’intérêt général à laquelle la collectivité se contentait d’apporter une aide financière par le moyen d’une convention d’objectif, échappent à cette obligation. Je cesse maintenant d’employer ce langage très juridique pour le dire en termes clairs : les associations doivent refuser de se soumettre à quelque appel d’offres que ce soit. Nous sommes autonomes dans nos choix et orientations, nous sommes éventuellement des partenaires – et ce n’est pas plus mal quand on peut avoir de vrais partenariats – mais nous ne sommes pas à la solde de la volonté des élus politiques.

 

Alors qu’on s’entende bien, avant qu’on me rentre dedans parce que j’aurais la figure de l’antipolitique primaire : je ne suis absolument pas contre la politique ou contre les élu-e-s. Je l’ai dit je crois, je suis secrétaire général d’une commune et mon métier - et je crois très fort à la beauté de mon métier - c’est d’être très directement au service des élu-e-s et de la décision politique. Les élu-e-s, qu’ils soient politiques ou associatifs d’ailleurs, ont toute la légitimité de leurs orientations et ils tirent cette légitimité des élections. Le peuple élit ses représentants et représentantes, les adhérents et adhérentes d’une association en font autant. L’inégalité fondamentale provient du fait qu’une commune décide d’un impôt et que tout le monde doit s’y soumettre ; une association ne peut faire cotiser que les volontaires. Cette inégalité, je ne la regrette pas, mais elle donne une responsabilité particulière aux élu-e-s politiques : ils et elles se doivent d’irriguer l’ensemble de la population des moyens du lien social. Et la première des formes du lien social est le mode associatif. Le bénéfice qu’une collectivité doit tirer de l’existence d’une association n’est pas à tirer à proprement dit de ce qu’elle fait, mais presque d’abord dans le simple fait qu’elle existe. Si une association permet déjà à 3 personnes de faire l’expérience de la coopération pour mener un projet, c’est déjà bien et c’est le minimum syndical ; le but premier d’une association est d’associer et c’est absolument le rôle des élu-e-s politiques de soutenir le principe associatif.

 

Et puis il ne faut pas se raconter d’histoires : toute personne qui connaît le milieu politique sait bien que c’est avant tout par l’engagement associatif - ou syndical, mais le syndicat, c’est aussi une association - que naissent les responsables politiques. Quand la Municipalité de Valence, jusqu’en 1995, s’est appliquée à mettre les associations à son service, elle a dû faire face à deux problèmes majeurs :

Ø      premier problème, elle n’avait plus la ressource militante associative pour gagner l’élection de 1995. Les personnes engagées dans les associations se sont raréfiées dans la liste municipale et elle s’est vautrée parce qu’elle était privée de ce contact avec le terrain et les réalités qu’apporte le monde associatif ; une association inféodée, sans projet propre, ne produit plus l’intelligence individuelle ou collective qu’elle peut produire ;

Ø      deuxième problème majeur : l’opposition municipale, qui est devenue la majorité en 1995, a pu très facilement faire du ménage dans les associations qui la dérangeaient. Comment a-t-elle pu faire le ménage et tuer quelques associations ? Parce que la plupart des associations dépendaient du bon vouloir de la Municipalité précédente, et elles avaient pris l’habitude de ne pas être autonomes dans leurs choix et de s’inféoder aux orientations politiques.

 

La MJC Mandela, nous sommes restée constante dans notre rapport au pouvoir politique depuis 30 ans : partenaire autant que possible, prestataire jamais ! Nous avons fourni, par notre travail d’éducation populaire de longue haleine et l’engagement auquel nous invitons, nous avons fourni des militants et militantes de terrain à tous les mouvements politiques de Valence, hors extrême-droite. Nous avons eu des moments difficiles avec des municipalités de gauche comme avec des municipalités de droite, mais nous vivons. Et quand les coups qui nous sont portés sont d’une terrible violence, nous y résistons, au moins par principe, mais aussi parce que notre association se montre toujours utile au quartier quand d’autres ne le sont pas ou que les équipements municipaux ne peuvent pas l’être. Je vais vous raconter une petite histoire de violence politique, histoire d’apporter un peu de concret à mon propos.

 

15 février 2005. Je suis cordialement invité par la Municipalité à une rencontre qui a pour ordre du jour « la prochaine convention d’objectif ». Enfin nous allions aboutir à une convention pour 3 ans. Nous y allons et nous sommes reçue dans le bureau de mon collègue directeur des services de la ville. Il est là et l’élu en charge du « socio-éducatif » est là. L’élu prend la parole 30 secondes pour la passer au Directeur. Voici les échanges, quasi in extenso :

L’élu prend la parole :

« Ca fait longtemps que vous réclamez une rencontre politique, la voilà. (Parenthèse, ça faisait 10 mois que nous attendions de voir un élu… et il poursuit donc :) Voilà ce que sont les orientations municipales. La Municipalité a décidé de fournir une meilleure qualité de service à la population. Elle a aussi décidé d’aller vers une plus grande lisibilité de l’action du service public en matière éducative, de fournir tous les services inhérents à un centre social, d’aller vers une optimisation des qualifications et compétences des personnels. Enfin, nous voulons une plus grande implication des habitants. Je passe la parole au Directeur pour vous dire comment ces orientations vont se traduire. »

Le Directeur intervient alors :

« Le partenariat de la Ville avec la M.J.C. s’appuie sur 3 axes : le conventionnement sur les projets, celui sur les postes et celui sur la mise à disposition de locaux. Sur le premier des aspects, notre convention de 1998 arrive à terme au 31 mars 2005 et nous ne désirons pas la reconduire (je rappelle que nous sommes le 15 février, 1 moi et demi avant !) Sur le second aspect, notre convention de 1997 prend également fin au 31 mars 2005 et nous ne souhaitons pas non plus la reconduire. Quant au troisième aspect, il découle des 2 autres ; la convention sur nos locaux étant nécessairement précaire, nous décidons d’y mettre fin également au 31 mars. En bref, tout partenariat entre la M.J.C. et la Ville prend fin au 31 mars et il n’y en aura pas d’autre à la suite. »

 

Vous imaginez la stupéfaction ?! 600 adhérents, 650 m² de locaux – nous avions obtenu deux agrandissements en 20 ans – et 17 emplois permanents, près de 200.000 € de participations en moins. Nous devions disparaître, purement et simplement, cela ne devait même pas pouvoir se discuter. Seulement voilà, la culture de notre association nous interdit de nous en tenir à ce qu’on veut nous imposer ; nous avons dit « non » ! Notre intimité avec le quartier l’a conduit à accompagner notre refus de nous soumettre. Entre le 15 février et le 31 mars, nous avons annoncé notre refus de partir. Ce dernier soir, nous faisons une grande fête devant notre Maison de quartier, du plus petit journal local jusqu’à France 3 nationale ou M6, les comptes sont faits, notre « Nuit blanche à Fontbarlettes » - c’est comme ça que nous l’avions appelée – a rassemblé plus de 1.500 personnes dans une grande fête qui ne nous a coûté aucun euro. A minuit, nous avons fait un feu d’artifice pour annoncer à la population valentinoise que la déprime ne nous a pas gagné et pour marquer le début d’une occupation illégale de 9 mois. Nous maintenions nos activités, nous mangions sur place et nous avons dormi dans nos locaux, en nous relayant, jusqu’à la fin août. Nous avons fait déverser des camions de sable dehors, nous avons installé des jeux d’eau, des jeux de plage, des parasols, une buvette était ouverte en permanence, une sonorisation passait des musiques de fête, un repas de quartier avait lieu tous les soirs, tout le monde amenait des trucs à partager, les musiciens du quartier se relayaient pour animer les soirées.

 

Pendant ce temps et durant 6 mois, nous organisions d’importantes manifestations à chaque conseil municipal et à chaque conseil nous étions l’attraction. Le quartier a été d’un soutien sans faille. Tout l’espace politique et toutes les institutions jusqu’au Préfet de région a dû s’en mêler. La Municipalité a craqué et nous existons toujours. Mais nous avons pu mobiliser parce que nous sommes un espace d’engagements, probablement un des plus repéré et déterminé de l’agglomération de Valence. Je revois encore le député de Valence expliquer qu’il avait pourtant conseillé à la Municipalité de « ne pas s’attaquer à Mandela » - et ils sont du même bord ! Je revois aussi le Directeur de la Ville – toujours du même bord – me dire combien il avait appris de ce combat et me dire combien il avait regretté d’avoir décidé de s’engager dans cette voie. Oui, parce qu’en fait, c’est lui qui avait convaincu la Municipalité de partir en guerre contre nous. Tous ces gens ne connaissent pas vraiment le quartier et, pour la plupart issus de culture moins populaire, ils ne connaissent pas la capacité de mobilisation et de solidarité d’un quartier et d’une association qui en est au cœur. Tout ce qui se passe dans nos associations, tous ces liens tissés, toutes ces solidarités petites ou grandes, tout ça existe et vit, tout ça est parfois imperceptible pour les personnes qui n’y sont pas, mais tout ça existe bel et bien. Et ce travail de fond, qui conduit à l’idée que mon voisin est d’abord quelqu’un comme moi et non pas quelqu’un de différent, ce travail de fond est le sens même de l’existence d’une association. Souvent, l’activité qui est menée dans une association n’est que le prétexte à la rencontre et à la coopération. Finalement, qu’on joue à la pétanque dans un club ou qu’on joue au foot dans un autre n’a pas grande importance, le fait de décider de faire quelque chose avec d’autres ça suffit et c’est essentiel pour une société vivante.

 

Ce qu’on a gagné, nous, dans notre lutte, c’est d’abord la reconnaissance d’une association de quartier ; on a gagné le droit pour tout le monde de se mettre en association et de pouvoir décider de façon autonome de ce qui est souhaitable pour sa vie et pour son quartier ou sa ville.

 

 

Les espaces d’engagements manquent aujourd’hui et dès qu’ils existent et que leurs mobilisations sont perçues comme sincères, il se trouve du monde pour manifester son existence, la volonté individuelle d’exister. Mais en fait, quand je dis « espaces d’engagement », j’ai en fait 2 choses différentes en tête. Il y a les « espaces d’engagement » qui sont ce qu’on pourrait appeler des « écoles d’engagement » ; au contact d’autres personnes, jeunes ou moins jeunes, on peut assimiler des valeurs consubstantielles à nos cultures locale, nationale ou plus large. On construit ainsi ses propres valeurs à travers la pratique ou l’expérience qui confronte à des évènements qu’on apprend « à lire » par le contact aux autres.

 

Donc il y a cet « espace-école d’engagement » et puis il y a aussi « l’espace d’engagement » qui est celui qui permet l’expression de ses engagements personnels déjà construits par ailleurs ou auparavant. Par exemple, chez nous, il y a des étudiants ou retraité-e-s qui viennent là comme ils pourraient aller ailleurs. Mais comme ils ou elles ont vécu notre association, été en contact avec elle, ou qu’ils ou elles en ont entendu parler comme un lieu où les engagements sont possibles, eh bien ça vient taper à la porte. Donc là, on n’est plus tellement sur un « espace-école », mais sur un « espace-pratique » ; comme il existe une école pratique des études en sciences sociales, on peut dire qu’il existe des « espaces pratiques d’engagement social ». Les associations ici présentes, vous êtes aussi ces « espaces pratiques » qui aident le monde d’aujourd’hui.

 

Problèmes de racisme, problèmes de logement, problème de travail, problèmes de discriminations sexistes, inégalités d’accès à la santé et à la culture, problèmes anti-jeunes… tous ces problèmes font de notre société une société de violences. Face à tout ça et plus que jamais, nous avons besoin de solidarités concrètes et c’est ce que nous essayons modestement de mettre en œuvre tous les jours. D’ailleurs, une « maison des solidarités », c’est en fait ce que nous sommes depuis près de 30 ans, et c’est pour ça qu’on a décidé de changer de nom il y a un an et de nous appeler : « la Maison des solidarités Nelson Mandela ». Que sommes-nous ? D’abord une association, une réunion de personnes qui s’associent pour mettre en œuvre un projet commun. Ce projet commun, nous le définissons pendant nos assemblées générales, comme vous allez vous aussi le faire ce soir, en fonction de votre histoire et de ce que vous voulez. Ensuite, pour notre part, c’est une association qui a décidé d’associer son nom à celui de Nelson Mandela qui a passé 27 années de sa vie en prison parce qu’il était noir et parce qu’il a refusé que sa vie soit limitée par des blancs au seul prétexte qu’il était noir. Le combat féroce contre cette injustice féroce qu’est le racisme ou qu’est l’interdiction d’exprimer une opinion différente de celle du pouvoir, c’est ce combat qui honore Nelson Mandela, qui lui a valu 27 ans de prison mais qui lui a aussi valu un prix Nobel de la paix. La leçon que nous avons souhaité en tirer, pour notre part, c’est sans doute qu’il ne faut jamais renoncer à combattre les injustices et qu’il ne faut jamais renoncer à une vie meilleure. Ce sont ces options qui nous guident quand on décide de faire porter nos efforts sur le soutien aux personnes d’origine étrangère, pour qu’elles s’approprient la société française et soient en mesure de prendre part à sa transformation. Ce sont également ces options qui nous font porter prioritairement nos efforts en direction des femmes, car nous savons qu’une réelle égalité des hommes et des femmes reste à conquérir.

 

On le voit, une ligne directrice de notre action pourrait s’appeler « culture ». L’existence que nous partageons ensemble fonde entre nous une culture commune et c’est cette culture commune que nous souhaitons pouvoir « travailler au corps » à travers les actions que nous développons.

 

Il y a un vrai débat, en ce qui concerne l’éducation populaire aujourd’hui. Le projet même de l’éducation populaire est la formation de citoyens et citoyennes conscients et critiques. Or ce rôle qu’on pourrait appeler « d’émancipation collective » semble aujourd’hui glisser vers une fonction « d’intégration individuelle ». Confrontées aux évolutions de la société et en particulier à l’évolution du travail, les associations d’éducation populaire oublient souvent leur projet global et se retrouvent en difficulté devant la notion « d’individu-roi » présenté parfois comme une vertu. Pourtant, aujourd’hui, si les individus paraissent sans doute plus libres, ils sont aussi et en même temps plus fragiles et l’éducation populaire est interpellée par la nécessité de conjuguer et une demande d’émancipation individuelle et une volonté d’émancipation collective. Cependant, pour peu que l’éducation populaire soit rendue plus visible, par une affirmation politique de son projet et une interrogation de ce qu’est une association, elle peut jouer un rôle fondamental dans la socialisation en faisant de l’apprentissage interculturel un véritable outil formateur. C’est tout un avenir, porteur de sens, qu’elle peut, on pourrait même dire qu’elle doit, réinventer.

 

Pour finir, je reprendrais relativement à mon compte le propos de Jacqueline Costa-Lascoux, ex-Présidente de La Ligue de l’Enseignement :

« Pour la majorité de nos contemporains, et particulièrement les plus jeunes, l’expression éducation populaire est difficilement compréhensible. (…) Le mot « populaire » garde le sens courant de quelque chose qui n’appartient pas et qui ne s’adresse pas à l’élite ou aux nantis, aux gens savants ou cultivés. Pourtant, l’éducation populaire est un pilier fondamental de notre histoire : elle soutient un siècle d’inventivité et de création dans l’expression personnelle et collective, un siècle de pluralisme culturel sous ses formes les plus variées, un siècle de combat pour plus d’égalité des droits et des chances.

Tous les mouvements de l’éducation populaire ont irrigué le débat d’idées et les réformes, ils ont créé les conditions d’application au plus grand nombre des progrès démocratiques du Vivre ensemble. Ils ont participé au premier rang à la lutte contre les exclusions et contre les discriminations en favorisant l’accès à l’éducation et à la formation, l’émancipation par le savoir et la reconnaissance des savoir faire. Ils ont encouragé l’exercice des arts, l’épanouissement du spectacle vivant et de la musique, que ce soit sur une scène ou dans la rue. Ils ont permis à chacun de pratiquer un sport, en faisant découvrir toute la gamme des activités de loisirs. En redonnant à l’action sociale sa dimension culturelle, ils l’ont rendue plus efficace et plus humaine. Au moment où le thème de la sécurité est devenu le thème central des discours politiques, les mouvements d’éducation populaires savent que la véritable garantie d’un droit à la sûreté pour tous passe par une mobilisation en faveur de la lutte contre les diverses formes d’inégalité et contre l’humiliation sociale. »

 

Merci.

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