Sexisme - éléments de cadrage

Publié le par Pierre FRITSCH

Juste comme ça, quelques propos que j'ai pu tenir sur un site communiste, à partir de la discussion sur communisme et féminisme. Ce qui suit est la somme de deux courts textes.

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Se mettre d'accord sur ce qu'on met derrière les notions devrait permettre de se comprendre.

Je précise, en premier lieu, que je suis assez engagé du côté du féminisme et intellectuellement héritier du féminisme qu'on appelle radical et matérialiste. Cependant, le féminisme est le mouvement des femmes. Je suis donc un garçon proféministe. Il existe d'ailleurs un mouvement européen des hommes proféministes.

Le féminisme est un mouvement de lutte qui a notamment des développements intellectuels. Ces développements intellectuels peuvent être très contradictoires ; il y a grand écart entre le féminisme essentialiste et le féminisme qu'on voudra plus matérialiste.

L'antisexisme est un programme d'action contre le sexisme. Si donc le communiste doit soutenir le mouvement féministe, il doit par contre avoir un programme d'action antisexiste. Si l'on considère que le sexisme est toute action générant (c'est-à-dire produisant) de la différence sociale entre les garçons et les filles, il y a lieu de "dé-générer" ces différences.

Il est évident qu'il y a derrière cette proposition l'idée que les différences aujourd'hui constatées entre les hommes et les femmes sont produites par des constructions sociales et non un quelconque produit biologique. Mais d'où vient cette idée ?

Le féminisme a posé, dans un premier temps de lutte, qu'il y a des sexes biologiques (sexe) et qu'il y a des sexes sociaux (genre) et cela a été particulièrement utile aux luttes et à la construction théorique ; il y a en effet eu un travail de dé-construction re-construction.

Ensuite, un courant du féminisme matérialiste a tenté de faire une lecture du genre avec les mêmes outils conceptuels que ceux du matérialisme dialectique. Et quel a été le constat ? Qu'il n'y a pas qu'un problème de valeurs et de représentations du féminin et du masculin, mais que ces valeurs étaient produites par des rapports sociaux d'exploitation des femmes par les hommes. Ce système, appelé patriarcat, est un système qui oppose hommes et femmes ; ils et elles ont des intérêts opposés, contradictoires mais non dépassables tant que serait considéré que "les hommes sont" et que "les femmes sont".

Or ce "les hommes sont" et ce "les femmes sont", ce n'est plus seulement le genre mais c'est aussi le sexe. Ce qui est en cause n'est pas seulement le genre mais aussi le sexe qui, si on y regarde de plus près, n'est pas d'abord sexe mais d'abord genre. Pour le dire autrement, c'est le genre qui construit le sexe. Et toute l'analyse historique du rapport à la question du sexe biologique montre quoi ? La biologie, et la lecture qui est donnée de faits de nature, a toujours été au service des représentations sociales du monde construites dans des rapports sociaux.

Le sexe biologique est "le problème" et ce n'est pas seulement le genre qui est problématique. Je suis pour un dépassement radical et, on l'aura compris, je m'autorise d'aller très très loin aussi sur cette question. Ce n'est donc pas en rabattre sur les prétentions que de laisser le féminisme aux femmes et ce n'est pas en rabattre sur les prétentions que de faire porter la radicalité sur 'l'antisexisme" puisque c'est bien là qu'est l'enjeu, de la même manière que pour être radicalement anticapitalisme il conviendra bien de faire sauter le rapport social du salariat.

A propos de féminisme et d'antisexisme, car ce point est de toute première importance pour le mouvement communiste.

Le féminisme est le mouvement des femmes. Il convient de ne pas déposséder le mouvement des femmes de leur lutte qui est multiforme, hétérodoxe... Pour le dire autrement, ce n'est pas au communisme de distribuer des bons points au(x) mouvement(s) des femmes.

Par contre, dire que le communisme doit être antisexiste est une nécessité. Toute action générant des différences entre hommes et femmes est une action sexiste. Toute action dégénérant les différences entre hommes et femmes est une action antisexiste.

La mise entre des guillemets du terme de race par certaines personnes indique qu'il y a discussion sur l'existence de races. Il y a pourtant bien des racistes qui font exister ces races. Il faut donc oser questionner le terme de sexe dans la même démarche intellectuelle que celle qui questionne la race et de poser le problème qui suit : ce sont les sexistes qui font exister les sexes.

Enfin, je rappellerais simplement que le patriarcat n'est pas un système de valeurs masculine et féminine, mais un rapport social très concret d'exploitation devenu système.

Publié dans Etudes genre

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