Communisme d'aujourd'hui

Publié le par Pierre FRITSCH

Synthèse de mes deux interventions lors de la « réunion ouverte » à laquelle on m'avait invité et tenue le 17/11/07 à l’initiative de la section de Valence du PCF.

 

Il a été dit que la lisibilité de la politique du PCF n’est pas bonne. Cela proviendrait notamment de l’orientation antilibérale au lieu d’être anticapitaliste ou bien encore du « programme ». Il est extraordinaire qu’on puisse trouver que c’est d’abord ça le problème : ce qui manquerait au PCF c’est de ne pas identifier le capitalisme ! Non, la question qui se pose au PCF n’est pas celle du capitalisme ou du libéralisme, c’est la question du communisme.

 

On a tendance à mettre le communisme en face du capitalisme, comme si on parlait de choses de nature équivalente qu’on puisse mettre en opposition. Or le capitalisme est un rapport social, un des états de la société, tandis que le communisme n’est pas un rapport social pas plus qu’un des états de la société.

 

Le communisme, c’est une approche de la société, de son mouvement et c’est le travail sur le mouvement de la société ou, pour rendre à Michel BUIS l’expression qui lui appartient, c’est une « idée pratique ». Les communistes sont les personnes qui travaillent concrètement le mouvement de la société présente, dans le sens de l’émancipation humaine, d’une désaliénation généralisée.

 

L’aliénation est ce qui dépossède l’individu humain de lui-même, de ce qu’il est, ce qui le rend étranger à lui-même. L’aliénation provient aujourd’hui essentiellement de trois grands types de rapports sociaux dont les termes sont par essence antagoniques : le patriarcat, le capitalisme et le colonialisme.

 

Le projet communiste n’est donc pas en tant que tel un projet de société d’où découlerait un programme ou une déclinaison de ce type. Le projet communiste, c’est celui de transformer le monde à partir de ce qu’il est à l’instant T, à partir de l’examen lucide et sérieux de la réalité à l’endroit E.

 

L’individu communiste est celui ou celle qui contribue à transformer ce qui l’entoure, peu importe ce qui l’entoure, et qui ne se satisfait jamais de ce qui l’entoure. Le ou la communiste qui ne sert socialement à rien n’est pas un ou une communiste.

 

Aussi donc est-il nécessaire de voir la situation telle qu’elle est et de la transformer pour la rendre meilleure et émancipatrice. Et cette question se pose aussi pour l’organisation des communistes.

 

Si l’analyse communiste de la société et le travail communiste de la société reste d’actualité et d’impérieuse nécessité, le Parti communiste n’est que la forme héritée d’un projet socialiste qui, par ailleurs, ne pense la transformation de la société qu’à partir du champ des institutions politiques alors qu’il ne devrait en être qu’un des derniers volets. Il faut là encore retrouver l’esprit du « parti des communistes » de Marx, celui des « partisans du communisme », ce qui n’est pas exactement le « Parti communiste », celui des « membres du Parti communiste ».

 

Une organisation explicitement communiste est donc nécessaire, mais non seulement elle doit avoir pour ambition sérieuse de rassembler tous et toutes les communistes dans leur diversité d’approche, mais elle doit également viser le rassemblement électoral au coup par coup en fonction de la situation objective du moment et du lieu. L’organisation qui rassemble ces communistes ne peut avoir pour fonction d’aller au combat électoral, elle a pour vocation à faire aller ceux et celles qui veulent et ont intérêt au changement au combat électoral, de faire aller la classe des opprimé-e-s au combat électoral. D’une manière plus large, c’est sa fonction à tous les niveaux de la société, du quartier à l’entreprise, en passant par tous les lieux qui peuvent contribuer à l’émancipation humaine.

 

Cette articulation entre « mouvement » et « échéance électorale » est ce qui faisait l’intérêt des collectifs antilibéraux… Le collectif antilibéral était un projet de transformation communiste de la société à l’instant T…

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