Quelle organisation communiste

Publié le par Pierre FRITSCH

Synthèse de mon intervention lors de la réunion ouverte du 4/12/07 organisée par la section de Valence du PCF.

 

Si j’ai bien compris l’objet de cette rencontre, il s’agit d’examiner, ce que les rencontres précédentes, notamment celle du 17/11/07 avait laissé de côté pour y revenir : la question de l’organisation des communistes.

 

Sans revenir sur mon intervention du 17/11, mais dans son prolongement, il s’agit pour moi de montrer la nécessaire dissociation de la fonction communiste et de la fonction « parti inscrit dans le jeu des institutions du pays ». Et il s’agira ensuite d’émettre l’hypothèse que puisse être une avancée la constitution du PCF en tendances, comme un pas vers un dépassement de sa fonction actuelle et comme un signal de la volonté des communistes du PCF de travailler avec toutes les personnes qui se réclament du communisme.

 

Pourquoi donc l’organisation communiste devrait-elle être absolument et explicitement présente dans le champ du « politicien » et non pas plus dans le champ syndical, par exemple ? On est victime de la superposition d’au moins deux notions, quand on emploie le terme de « politique ». Car « politique » s’utilise en France aussi bien quand on parle de « le politique » que quand on parle de « la politique » ; tout ça contribue au trouble quand la fonction communiste devrait être celle de travailler « le politique » et non pas tant de se concentrer sur « la politique ».

 

Il va de soi que le syndicat a pour but de rassembler les salarié-e-s dans une perspective de classe et non dans une perspective « d’élection politique ». Il va de soi que le but d’une organisation féministe est de rassembler toutes les femmes dans une perspective de classe et non dans une perspective « d’élection politique ». Dans ces deux exemples, on voit bien qu’il serait hors de question de dire que les questions de l’entreprise ou que les questions de rapports hommes-femmes sont isolées ou de dire qu’il n’y a pas d’interactions entre l’ensemble des champs de la société où s’exercent des « dominations ou exploitations radicales ». Or ce ne devrait pas être le champ du politique qui soit la synthèse et ceci surtout si on se place dans une perspective de dépassement de l’Etat.

 

Or justement, il s’agit pour les communistes de travailler toute la société et que l’organisation communiste soit un des outils qui le permettent, étant entendu que c’est à la société de se travailler elle-même et que les acteurs et actrices doivent se multiplier, qu’ils soient ou non communistes. Ce qui doit conduire à la séparation de l’organisation communiste et de l’outil électoral qui, lui, ne peut avoir pour fonction de porter les communistes au pouvoir politique, mais d’y porter le peuple opprimé et l’ensemble des individus opprimé-e-s en tant que classe.

 

L’outil électoral doit être un rassemblement ponctuel en fonction de la situation du moment, des enjeux sociaux repérés du moment ; on doit être dans la géométrie variable… c’est-à-dire y compris assumer de cette manière la façon non assumée qu’a le PCF de fonctionner avec ses partenaires politiciens.

 

Je ne me fais aucune illusion sur les perspectives ouvertes par le congrès du PCF et je sais, et c’est normal qu’il en soit ainsi, qu’on ne fait pas des révolutions en un an. Du travail, du mouvement a lieu au sein du PCF et ça me réjouit, mais ça ne me donne pour autant aucune illusion sur le fait que le congrès qui aura lieu dans un an portera la totalité de mon point de vue ! Il faut donc voir ce qui, dans la situation telle qu’elle se présente, ce qui irait malgré tout dans ce sens et qui ouvrirait des perspectives non encore ouvertes au sein du PCF.

 

L’organisation du PCF en tendances me paraîtrait être une bonne poursuite du travail engagé… et, encore une fois, la reconnaissance de la réalité non assumée d’aujourd’hui. Le communisme est un mouvement divers, hétérodoxe, et il ne s’agit pas forcément de mettre tout le monde d’accord là où ce n’est pas possible, mais que tout le monde s’accorde sur le fait que doivent pouvoir participer à l’organisation des communistes toutes les personnes qui se reconnaissent communistes. Cela pourrait contribuer non pas à « l’ouverture » du PCF, mais à son dépassement par l’ouverture, à défaut qu’il « remette les clés de la boutique » à qui la veut. Mais il faut aussi, quand même, que les communistes aient la possibilité d’exprimer des choix clairs, même s’ils et elles peuvent admettre avoir tort ou être minoritaires. La « moyennisation » actuelle (et passée) ne fait rien d’autre que de la « médiocrité », celle qui a conduit tout droit à de nouveaux constats d’échec et de désaccords après coups, plusieurs mois après la rupture au sein des collectifs antilibéraux.

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